Chronique Coop’Ter #6 – février 2024

Le journal de bord du programme d‘accompagnement Coop’Ter

Coop’Ter Happy #6

Nous vous avons laissés sans nouvelles depuis la publication de la dernière chronique en septembre 2023… et en reprenant la plume, Delphine, qui s’est chargée de celle-ci, a eu du mal à choisir un sujet parmi tous ceux qui nous semblent intéressants. Le choix s’est porté, parmi d’autres pistes, sur le partage de quelques pensées qui l’ont traversée lors de notre dernière réunion du « Comité R&D » (instance mise en place début 2023 qui vise à réfléchir et orienter la mise en œuvre de la dynamique servicielle coopérative soutenue par le programme Coop’Ter) qui s’est tenue jeudi 11 janvier 2024 dernier en visioconférence.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, nous tenons à vous présenter nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année et un fructueux développement à Archi Possible ! Les signaux faibles qui deviennent de plus en plus forts sont très encourageants !

Première remarque : un Comité R&D qui s’élargit, ça motive !

Nos réunions du Comité R&D s’élargissent depuis quelques semaines avec, autour de Franck :

  • Florentin Autin, auto-rénovateur, ancien conseiller info-énergie de l’ALEC Ouest-Essonne, à la manœuvre dans le chantier expérimental des Pactes d’entraide (j’y reviens plus bas). Florentin participe très régulièrement aux réunions de notre comité R&D depuis début 2023.
  • Elisabeth Dick, aménageuse et décoratrice d’intérieur, gérante d’Archivalo, impliquée depuis plusieurs années dans Archi Possible et notamment co-organisatrice avec Franck du Super Stage.
  • Florence Allièse, auto-constructrice d’une maison passive formée à l’aménagement durable, qui s’engage sur le sujet de l’évaluation.

Si ces personnes sont investies depuis plus ou moins longtemps dans le réseau Archi Possible, c’est toutefois nouveau de se retrouver en collectif dans le cadre du Comité R&D pour travailler sur des questions de réflexion, de développement, de chantiers expérimentaux. Lors de la dernière réunion, jeudi dernier le 11 janvier, nous étions ainsi 6 personnes (Elisabeth, Florence, Florentin, ainsi que Franck, Brigitte et moi) réunies en visioconférence pour une matinée de travail… C’est à mon sens une tout autre dynamique qui s’enclenche à travers cette « base » élargie, énergisante et motivante.

Il me semble aussi que Brigitte et moi ne sommes pas les seules à nous enthousiasmer pour ce mouvement : pendant la réunion de jeudi, tout le monde m’a semblé aussi plus joyeux et motivé que d’habitude !

Cette remarque vise le Comité R&D et la dynamique qui se met en place directement dans le cadre de l’accompagnement Coop’Ter mais elle ne doit bien sûr pas déconsidérer tout le travail effectué en parallèle au sein des autres instances qui font vivre Archi Possible, avec le Comité d’animation (comptant Marie-Christine et Marie, Helissande).

Deuxième remarque : des services qui articulent individuel et collectif

Archi Possible a une vision du soutien à l’auto-rénovation qui se démarque de la traditionnelle « ARA » (Auto-Réhabilitation Accompagnée) : l’ARA, telle qu’elle se pratique par exemple par les Compagnons Bâtisseurs, vise en priorité des bénéficiaires individuels (aux revenus modestes ou très modestes – ceux que l’on appelait les « publics ANAH ») qui vont disposer de l’accompagnement d’un artisan sur des travaux précis, bien cadrés dans le temps.

Si Archi Possible propose également des services qui relèvent de l’ « ARA », il faut bien comprendre qu’ils intègrent une dimension collective qui est considèrée comme essentielle : la solution de soutien aux auto-rénovateurs ne peut se passer d’une offre organisée d’un faire ensemble, d’une logique d’entraide, pour plusieurs raisons :

  • Parce que le faire ensemble / l’entraide sont par définition soutenantes, physiquement (réunir plus de bras pour faire des travaux, c’est évidemment utile !) et moralement (on s’encourage mutuellement, on s’oblige à faire parce qu’on s’est engagé sur des temps de travail auprès d’autres personnes),
  • Parce que travailler et discuter avec d’autres personnes, ça permet de recevoir des conseils, d’apprendre des techniques, de découvrir des trucs et astuces entre particuliers (plus ou moins bricoleurs, parfois aussi bons que des « vrais pros »),
  • Parce que s’entraider (sans rémunération), ça permet de réduire les coûts et donc d’engager des travaux qu’on n’aurait pas pu se payer avec un professionnel !
  • Parce que ça permet aussi, notamment, d’engager des travaux d’éco-construction (faire des enduits en chaux-chanvre, construire sa maison en paille…) qu’on ne pourrait pas réaliser/financer autrement. L’éco-construction repose systématiquement sur des techniques qui requièrent des temps longs et des « quantités » de bras conséquents… Ce sont des projets qu’on ne pourrait a priori pas s’offrir s’ils étaient réalisés que dans une logique professionnalisée rémunérée.

La dimension collective de l’auto-rénovation est abordée comme participant pleinement à la palette de solutions à offrir. Brigitte et moi n’avions jusqu’à récemment pas pris la mesure de la pertinence de cette dimension de l’offre : nous avions, au démarrage de notre accompagnement, plutôt abordé le collectif comme une volonté morale, un atout convivial et attractif, un cadre pertinent pour l’animation. Nous avons compris au fil de nos discussions que le collectif était une dimension entière de la proposition de valeur, produisant du service utile spécifique à partir de contributions non monétisées de bénéficiaires. C’est un point fort de l’économie d’Archi Possible.

Dans ce sens, des services à dimension collective, appuyés sur la coopération sont aujourd’hui activés, avec une utilité manifeste :

  • Les Pactes d’entraide sont aujourd’hui expérimentés par plusieurs binômes, embarqués par Florentin et Franck dans une organisation simple et efficace : un groupe de porteurs de projets de travaux est réuni et, au sein de ce groupe, des binômes sont constitués, principalement en fonction de la compatibilité des disponibilités de chacun mais aussi, dans une moindre mesure, en fonction des compétences, capacités physiques et capacités à s’entendre, localisation… Un agenda de travaux est constitué pour chaque binôme (selon leurs disponibilités communes, donc) au niveau du groupe, avec des outils partagés. Chaque binôme s’engage ensuite à s’entraider dans ces temps planifiés, alternant des temps passés chez l’un et chez l’autre en fonction des besoins. Les engagements de chacun constituent les Pactes d’entraide, qui sont « formalisés » par quelques principes de bon sens qui soutiennent la coopération. Une supervision de Franck et Florentin vient s’ajouter, pour aider à tenir les engagements dans la durée et pour aider à surmonter les éventuelles difficultés rencontrées, notamment à travers des réunions collectives en visioconférence.
  • L’opération Bric’Olympiques a été ré-activée à l’automne 2023 : il s’agit tout simplement, pour chaque participant, de s’engager à réaliser dans le mois une tâche qui fait l’objet de procrastination depuis – bien souvent – très longtemps. Le cadre ludique et l’engagement que chacun prend, auprès du groupe, à réaliser sa tâche aide à « passer à l’acte ». C’est ainsi qu’une joueuse est parvenue à réparer un volet cassé depuis plus de 30 ans, le 31 décembre dernier ! Pour l’instant, tous les participants des Bric’Olympiques 2023 sont sortis médaillés J

3ème remarque : Archi Possible défend une certaine manière d’être au monde

Archi Possible, plus que de soutenir « des travaux » d’auto-rénovateurs, vise plus largement à soutenir et développer la capacité à gérer soi-même son habitat, en être maître, dans la durée.

Derrière cette visée, il y a pour les acteurs les plus engagés d’Archi Possible, l’envie de défendre une certaine manière d’être au monde : plus autonome, plus connaisseuse de son habitat et des choses pratiques qui nous permettent de vivre et d’habiter dans un certain confort (avec un toit, au chaud l’hiver, au frais l’été, avec l’eau et la lumière, sereinement, dans un cadre « beau »)… Une manière d’être au monde plus saine, tout simplement ! Comme on aime à le répéter, encore aujourd’hui une grande partie de l’humanité construit et entretient elle-même son habitat et cette capacité-là est vertueuse (pour sa santé, pour la compréhension que l’on a du monde qui nous entoure, pour un bon rapport à la nature)… Savoir construire et entretenir son chez soi, après tout, c’est aussi sain et vital que de savoir cuisiner !

Pour Franck, l’envie de réfléchir/renouveler son rapport à l’habitat, pour aller vers quelque chose de plus maîtrisé et plus tempérant, ne se fait pas tant dans un but écologique militant, que dans un but primordial de santé et de bien-être : savoir construire et entretenir son logement, c’est un peu savoir comment (bien) habiter sur terre et ça aide à se sentir bien dans sa peau ! Ou encore, c’est savoir prendre soin à la fois de soi-même et de son environnement, ça doit procurer une certaine plénitude. Dans ce sens, l’auto-rénovation, c’est carrément un mode de vie !

L’ambition n’est pas simple à concrétiser sur le plan économique : faut-il tenir ce projet « politique » (au sens étymologique du terme) ? Ou faut-il s’en tenir à une offre de services plus « pratico-pratique » ? C’est un questionnement qui traverse Archi Possible de manière récurrente (et Brigitte et moi aussi, comme accompagnatrices). À qui et à quel moment parler de ce projet, jusqu’où ? Nous y réfléchissons au cas par cas, au fil de l’eau. Les acteurs les plus engagés autour de Franck partagent cette vision et c’est ce qui lui donne envie de continuer (me semble-t-il)… Alors, comme accompagnatrices, Brigitte et moi faisons au mieux pour relever le défi et aider le groupe qui se constitue à tenir la visée sociétale !

A bientôt,

Delphine Riss

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